Voici mon article sur les étrangers qui s'intègrent en apprenant le français, il comprend un reportage, une interview et des brèves !!!
Alors voici le reportage :
Le français pour tous
Les bénévoles de l'association tourangelle Français langue d'accueil (Fla) apprennent la langue aux étrangers qui souhaitent obtenir une carte de résident en France. Un passage obligé pour ces personnes issues de tous les pays.
« Pouvez-vous me décrire ce que vous voyez sur ces images ? », demande Alain, instituteur bénévole à l'association Français Langue d'Accueil (FLA), face à lui cinq élèves aux profils atypiques scrutent des dessins photocopiés illustrant des scènes de la vie courante. Leur objectif : maîtriser les bases de la langue française pour passer le Diplôme initial de langue française (Dilf) qui permet d'obtenir une carte de résident de 10 ans. Ibrahim, retraité palestinien, Rekha, indienne de 37 ans, Sarmad, irakien de 24 ans, Naomi, kényane de 21 ans et Caroline, allemande de 34 ans, font partie de la quinzaine d'étrangers qui suivent des cours deux fois par semaine, le jeudi et le samedi, au rez-de-chaussée d'un immeuble HLM situé au 59 boulevard Preuilly, en centre-ville de Tours.
Créée en novembre 2001, l'association FLA est hébergée ici par le centre culturel de Courteline. « Depuis l'entrée en vigueur de la loi sur l'immigration en janvier 2007, nous avons dû revoir nos objectifs, précise Béatrice la présidente de l'association, le Dilf est effectivement devenu le but principal des apprenants ». Les cultures et les nationalités de chacun s'expriment, d'ailleurs Ibrahim, un personnage haut en couleur, a apporté un gâteau palestinien pour le goûter. Lors du cours Rekha, va expliquer aux autres élèves les dieux qui composent le panthéon indien, fière de faire partager des facettes de son pays. L'apprentissage de la langue a des effets positifs sur les personnes qui viennent ici, c'est ce que stipule Jean-Paul, un des bénévoles de l'association. « Depuis son arrivée dans l'association, Rekha s'est beaucoup émancipée. Avant, elle ne parlait presque pas pendant les cours, elle n'osait pas intervenir. Maintenant, elle participe beaucoup plus. » Le cours se prolonge avec une nouvelle question : « Qu'est-ce-que vous n'aimez pas ? ». Les apprenants répondent avec hésitation : « Je n'aime pas les voix fortes », dit Saeed. Ce jeune qatarien de 28 ans est arrivé en France le 1er juin 2008. En ce moment, il se concentre sur l'apprentissage du français à l'association et à l'Institut de Touraine. Puis, il compte aller à la Sorbonne pour finir son master de droit. Régulièrement, il s'explique en arabe sur le sens des mots français avec Ibrahim et Sarmad, un jeune irakien de 24 ans qui a fui son pays. Arrivé en France le 9 octobre 2008, il vit désormais dans un foyer. Diplômé en ingénierie mécanique, il s'exprime encore avec difficulté. A son arrivée en France, « c'était plus difficile car (il) ne (parlait) pas français », mais petit à petit « c'est de plus en plus facile car ici tout le monde parle français», explique-t-il en arabe, traduit par Saeed.
Le cours continue. Il ne suit pas un programme pédagogique précis mais s'efforce de faire dialoguer et de préparer les étrangers aux questions du Dilf, comme demander le prix d'un objet, associer des idées à des actions, comprendre les panneaux de signalisation. Les professeurs écrivent les phrases sur des tableaux blancs, aussitôt réécrites avec assiduité par les étrangers. Les apprenants qui viennent à l'association sont pour certains diplômés dans leur pays d'origine, ils souhaitent faire valider leurs acquis en passant le TCF (Test de Connaissance du Français). Comme Sofia, une péruvienne, diplômée en statistiques informatiques. « Certains des apprenants ont obtenu un CDI pendant ou après leur apprentissage de la langue française. », s'enthousiasme Béatrice.
Ensuite l'interview de Béatrice O, présidente de l'association FLA.
« L'objectif c'est le Dilf »
Quelles sont les nouvelles missions de l'association depuis que la nouvelle loi sur l'immigration est entrée en vigueur en 2007 ?
Avant, l'association répondait principalement aux besoins des personnes et les soutenait dans leurs démarches administratives. Par exemple l'un de nos membres, une jeune femme turque a eu un dégât des eaux chez elle. Un expert devait venir et les bénévoles l'ont aidée à préparer l'entretien en étudiant avec elle tous les cas de figure qui pouvaient se produire pendant le rendez-vous.
Maintenant, nous les aidons essentiellement à préparer les entretiens du CAI (Contrat d'accueil et d'intégration) et à passer le Dilf (diplôme initial de langue française), c'est notre objectif principal. Dorénavant, tous les étrangers qui souhaitent apprendre le français à l'association sont obligés de passer le Dilf, s'ils ne veulent pas le passer nous ne les prenons pas dans l'association.
Est-ce que cette loi a changé quelque chose dans l'apprentissage du français par les étrangers ?
Cette loi n'a pas changé grand-chose. Une de nos membres Salma, qui était demandeuse d'asile, a suivi les cours de l'Anaem (Agence nationale d'accueil des étrangers et des migrations) pour passer le Dilf. Il n'y a eu aucune progression dans son apprentissage de la langue française car le Dilf ne s'adresse pas aux grands débutants. De plus, peu de personnes se présentent à l'examen du Dilf, il y a environ un examen tous les mois, et ce mois-ci ils n'étaient que 13 à le passer pour l'Indre et Loire.
Comment les étrangers réagissent face à cette loi qui les oblige à justifier de leur niveau de français ?
Ils réagissent bien, car ils sont contents de pouvoir mesurer leur niveau de français. Ce sont des personnes volontaires et motivés. Certains souhaitent passer le TCF (Test de connaissance du français), car ils ont déjà obtenus des diplômes dans leur pays d'origine et veulent pouvoir valider leur diplôme à l'université.
Et enfin les brèves sur le sujet
Le Cai (Contrat d'accueil et d'intégration)
Depuis le 24 juillet 2006, une loi impose aux étrangers qui souhaitent obtenir une carte de résident de 10 ans de signer le Cai, d'une durée d'un an, pendant lesquels les étrangers se doivent de suivre une formation civique sur les institutions françaises et les valeurs de la République, ainsi qu'une formation linguistique pendant laquelle ils doivent apprendre les bases de la langue française.
Quelques données
Le Cai ne concerne que les étrangers qui sont des travailleurs permanents en France, des personnes membres de familles composées de français, des réfugiés et les membres de leur famille et des titulaires de la carte de séjour portant la mention « compétences et talents ». Depuis 2007, le Cai a été généralisé à l'ensemble du territoire métropolitain français et il a été signé par 26 765 étrangers.
Une formation linguistique pour tous
L'apprentissage de la langue du pays d'accueil répond aux attentes de la charte sociale européenne entrée en vigueur en 1999 et qui stipule, dans l'article 19, que « les pays s'engagent à favoriser et à faciliter l'enseignement de la langue du pays d'accueil ». La France qui a ratifié ce traité se devait de répondre aux attentes de cette charte.
Le Dilf (diplôme initial de langue française)
A l'issue de leur formation linguistique, les étrangers doivent passer le Dilf qui évalue leurs compétences en langue française. Il est délivré par le ministère de l'Education nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. L'examen écrit dure 1h30 suivi de 10 minutes d'entretien. Ils peuvent compléter leur formation linguistique et passer le TCF (Test de Connaissance du Français), un examen de 3h, qui leur permet de déposer une demande d'admission préalable dans un établissement d'enseignement supérieur et ainsi de poursuivre une formation universitaire.
Et la légende de la photo
Alain, un bénévole de l'association, avec une partie des apprenants, lors d'un des cours dispensés.
